Journal l'Humanité

Rubrique Sports
Article paru dans l'édition du 4 février 2006.

 

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Heures noires pour loisirs verts

L’Enduro du Touquet qui n’a plus rien à voir avec la mythique épreuve, la Croisière blanche contestée pour la troisième année consécutive : la circulaire Olin menace désormais tous les sports motorisés en plein air.

L’Enduro du Touquet sans ses dunes est-il encore l’enduro le plus célèbre au monde ? Menacé dans son existence par des associations écologistes l’an passé, il a été rebaptisé « Enduropale » pour une édition 2006 (la marque appartient à l’ex-organisateur ASO) qui n’a plus rien à voir avec la mythique épreuve. C’en est fini des dunes, espace protégé depuis 1992 pour sa flore exceptionnelle. Les recours administratifs déposés par les défenseurs de l’environnement pour éviter leur piétinement par les spectateurs ont ainsi obligé la municipalité à prévoir un tracé aménagé sur la plage, avec des dunes artificielles et des chicanes.

La course, dont la longueur sera de 15,5 km, devrait donc se dérouler dimanche près de la mer et loin des dunes bordurières. De l’enduro originel créé en 1975 par Thierry Sabine, seuls resteront le départ en ligne pour les 1 000 concurrents, dont le Français Arnaud Demeester, à la recherche d’une 6e victoire d’affilée. Voire l’« enduro des troquets » auquel se livre aussi une partie du public, ce qui n’a jamais arrangé l’épreuve.

Le député du Pas-de-Calais et maire du Touquet Léonce Desprez a précisé avoir obtenu le « feu vert » de cinq ministères (Économie, Emploi, Intérieur, Sports, Écologie) pour poursuivre l’épreuve. « Nelly Olin a visité les lieux le 24 août et a donné son accord moyennant la promesse de ne plus pénétrer à l’intérieur des massifs dunaires », a-t-il indiqué. La ministre de l’Ecologie a en outre fait passer en septembre dernier une circulaire demandant aux préfets de limiter la circulation des véhicules à moteur dans les espaces naturels.

Les associations écologistes, confortées par la circulaire ministérielle, multiplient donc les recours, mettant en avant « une surfréquentation des chemins », quoiqu’elle soit impossible à estimer dans les faits au seul vu de la hausse des immatriculations des quads : beaucoup ne circulent qu’en ville. La Croisière blanche, une épreuve hivernale rassemblant en janvier 400 4 x 4, quads et motos dans les Hautes-Alpes, a été contestée pour la troisième année consécutive par la branche française de l’association Mountain Wilderness. Laquelle ne décolère pas que les élus locaux, soucieux des retombées économiques, soutiennent le raid qui en est à sa

29e édition.

La Fédération des motards en colère (FFMC) convient qu’il faut « une conception citoyenne du partage des chemins ». Car « c’est le citoyen qui a un comportement de pollueur et non pas le vététiste, le cavalier, le motard ou l’automobiliste en tant que tel », argumente par ailleurs le CODEVER, Collectif de défense des loisirs verts.

Dans sa circulaire, le gouvernement admet une « insuffisance » dans la mise en oeuvre des plans départementaux d’itinéraires de randonnées motorisées prévus depuis 1991. Euphémisme : aucun n’a été élaboré, en quinze ans, pour permettre une cohabitation des usagers des chemins.

Quant aux passionnés d’enduro, ils s’interrogent sur les forums Internet avec malice : « Il y a une chose que j’ai du mal à comprendre : si l’Enduro était si destructeur pour les dunes et les biotopes, comment se fait-il qu’après trente éditions il y ait encore quelque chose à sauver ? », écrit l’un d’eux.

Lionel Venturini

 
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